The Witch / Robert Eggers / 2016

Pour son premier film, le jeune cinéaste américain Robert Eggers  met ses pas dans ceux de Kubrick ou de Bergman et choisit le genre du film d’épouvante pour aborder la question du puritanisme religieux . Prenant pour cadre la Nouvelle-Orléans profonde du 17ème siècle, cette oeuvre rappelle astucieusement comment la religion a pu par le passé et encore aujourd’hui servir de substitut aux psychoses et aux peurs liées à la femme et à la sexualité. Où comment montrer à l’écran que nous sommes toujours prisonniers de certains schémas de pensée totalement régressifs et dérangeants. Un film intéressant et original, remarquable au premier sens du terme.

Voici un « petit » film qui va certainement faire parler de lui. Classé dans la catégorie épouvante-horreur, premier film du jeune réalisateur Robert Eggers, il a été remarqué au festival de Sundance en 2015. Admirateur du film Shining et des ambiances oppressantes des films de Bergman dont il est connaisseur, le cinéaste apporte un grand soin à la qualité artistique de son oeuvre. Certains chefs-d’oeuvre ont en effet nourri la cinéphilie de Robert Eggers et du coup sa manière d’aborder The Witch. Le réalisateur cite ainsi Cris et Chuchotements comme base cinématographique de l’angoisse qui l’a inspiré pour ce premier long métrage. Shining a également servi de référence puisqu’il y est question d’un père de famille qui emmène les siens vivre dans une région éloignée de tout et qui finit rongé par la folie. A vrai dire The Witch n’est pas vraiment un film d’horreur mais plus un petit bijou d’angoisse, avec pour cadre une description originale du sacré et du profane dans une culture rurale du 17ème siècle ainsi que du fondamentalisme religieux comme moyen d’exorciser les peurs.

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The Witch – Copyright Universal Pictures

1630, en Nouvelle-Angleterre. William et Katherine, un couple dévot, s’établit à la limite de la civilisation, menant une vie pieuse avec leurs cinq enfants et cultivant leur lopin de terre au milieu d’une étendue encore sauvage. La mystérieuse disparition de leur nouveau-né et la perte soudaine de leurs récoltes vont rapidement les amener à se dresser les uns contre les autres…L’histoire du film est basée sur la première chasse aux sorcières de l’Amérique dans la Nouvelle-Angleterre coloniale, 62 ans avant les condamnations et mises à mort des célèbres sorcières de Salem en 1692 dans le Massachusetts. Robert Eggers a voulu faire un film sur le puritanisme et ses répercussions à une époque où les femmes étaient fréquemment considérées comme les symboles des forces occultes. Le réalisateur développe : « Les fantômes de Salem sont encore très présents dans l’inconscient collectif. Nous sommes toujours prisonniers de certains schémas de pensée qui sont totalement régressifs et dérangeants. La sorcière continue de représenter les ténèbres et l’inconnu, elle est irrémédiablement celle qu’on accuse et qu’on montre du doigt. »

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The Witch – Harvey Scrimshaw-Copyright Universal Pictures

Présentant une photo très travaillée avec une dominante sombre et grise, servi par des brillants acteurs dont le jeune Harvey Scrimshaw jouant le rôle de Caleb, utilisant avec finesse la bande son, The Witch pourra satisfaire les amateurs de film d’épouvante exigeants. Le chef décorateur Craig Lathrop a recréé la ferme familiale au Canada en Ontario près de la petite ville de Kiosk. Il s’est servi des plans dénichés dans la bibliothèque de la plantation de Plymouth pour construire cette demeure qu’il a voulu la plus authentique possible. Dans cette optique, des matériaux d’époque ont été utilisés. Pour donner à l’image un côté Nouvelle Angleterre de l’époque (où les gens s’éclairaient par la lumière du soleil la journée et à la bougie la nuit),  le directeur de la photographie a fait beaucoup de recherches à la plantation reconstituée . Le but était de donner forme à « une lumière qui peut paraître naturelle mais est en fait totalement trompeuse, laissant la place à beaucoup d’interprétations possibles, notamment l’angoisse la plus profonde. »

Au-delà de ses qualités artistiques, le film permet d’autres niveaux de lecture : un film historique, un film sociologique sur les habitudes rurales profondes dans la société du 17ème siècle, un film sur l’intégrisme qui rappelle astucieusement comment la religion a pu par le passé et encore aujourd’hui servir de substitut aux psychoses et aux peurs liées à la sexualité. Robert Eggers signe là un film intéressant et remarquable au premier sens du terme. 

Sortie le 16/06/2016

http://thewitch-movie.com/

The Witch

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