Inception / Christopher Nolan / 2010

Issu de l’imagination de Christopher Nolan, auteur notamment  de Memento et du récent InterstellarInception avance comme film hybride et torturé, à l’image de ses tout premiers plans qui montrent une mer agitée et un personnage échoué sur la rive. Inception, derrière un habillage commercial attirant, brille en effet davantage par son envie de grandeur visuelle voire sa prétention cinématographique que par la pertinence de son propos : la séparation entre l’illusion et le réel.

Le film semble résulter d’un drôle de mélange des genres, comme situé au carrefour de Solaris (Tarkovski et Soderbergh),  d’Existenz  (Cronemberg) et de Matrix (les frères Wachowski) auxquels on aurait rajouté une petite pincée de James Bond agrémenté d’une pointe de film d’arts martiaux.
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Inception : Photo Joseph Gordon-Levitt  © Warner Bros. France

Les moyens sont là : une pléiade d’acteurs impressionnante,  Hans Zimmer pour la musique, une belle photographie, des procédés de tournage à la pointe de la technologie (Inception était sorti en IMAX), ainsi que des effets spéciaux exceptionnels. Côté acteurs, le contrat est rempli: Di Caprio confirme une fois encore son talent entouré de nombreux seconds rôles auxquels le scénario a fait la part belle. L’image, sophistiquée et travaillée,  évoque un monde désespéré et désenchanté, tel qu’il existait dans The Dark Knight rises, la réalisation la plus aboutie et intéressante de Nolan.  L’intérêt principal du film reste essentiellement visuel, présentant de beaux passages où le cinéaste crée des univers surréalistes et oniriques dans lesquels on retrouve parfois l’esprit du «film noir». Ralentis séduisants et ostentatoires, gros plans accrocheurs, le metteur en scène filme dans l’excès, à la recherche de l’intensité et de la démesure. On aime parfois. En revanche, difficile de suivre Nolan dans ses scènes d’action filmées caméra à la main durant lesquelles il est presque impossible de suivre le déroulé des événements. Difficile également de s’intéresser  à son scénario et à un montage d’une complexité incroyable qui demanderait quatre visionnages avant d’en saisir la cohérence. Difficile enfin de ne pas s’exaspérer de la musique d’Hans Zimmer omniprésente, tapageuse et assourdissante qui finit par irriter.
Cette sorte de grand opéra surnaturel et outrancier, ne permet à aucun moment à la question essentielle  d’émerger : celle de la différenciation entre le monde  des rêves et celui de la réalité. On pense à la vieille question de Descartes, (« quand je suis éveillé qu’est-ce qui me prouve que je ne suis pas entrain de rêver ? »), mais le film est trop préoccupé par sa richesse formelle et son soucis d’en mettre plein la vue. Le cogito de Descartes est ici largement minoré au profit d’un monde d’impression et d’émotions. Dans Solaris, Tarkoski puis Soderbergh, se demandaient comment les souvenirs et les rêves pouvaient être un chemin d’immortalité et de renaissance. Ces grands films abordaient la question de la mémoire de l’autre  et de sa vie au-delà de sa mort. Dans Inception,  les voyages dans les rêves et le subconscient, servent un scénario axé principalement sur des enjeux économiques et financiers, à l’exception de la relation entre Cobb et Mall, sa femme décédée. Le film parvient très difficilement à prendre un peu de profondeur et d’épaisseur spirituelle. L’univers onirique devient prétexte à un déchaînement  d’hyper violence qui, face au puritanisme américain et aux codes de censure, trouve dans le contexte des rêves sa  justification. Inception, malgré  son aspect formel séduisant, ne peut donc pas dissimuler longtemps sa fascination aliénante pour les grands thèmes du cinéma américain : le pouvoir, la violence, la puissance économique.
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Inception : Photo Joseph Gordon-Levitt, Leonardo DiCaprio © Warner Bros. France

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