Ete 2015: l’été de tous les blockbusters

C’est bien connu, en été, au cinéma, c’est la saison des blockbusters. Et cette année 2015 se présente déjà comme une des plus colossales en la matière (notamment avec la sortie en décembre de Star Wars VII). Reboots, prequels, suites en tous genres: la machinerie hollywoodienne exploite tous les concepts imaginables pour remporter le jackpot.
Faut-il bouder les blockbusters ?
Les conseils de Sacre Cinema pour choisir les meilleurs.

blockbusters affiches blockbusters 2015  © DR

Les blockbusters, des « machines de guerre économiques » à l’assaut des écrans mondiaux

Blockbuster – en anglais littéralement « qui fait exposer le quartier » – est un terme d’origine militaire puisque il désignait le nom d’une bombe. Hollywood appelle désormais ces blockbusters des «tentpoles». C’est-à-dire des mats de chapiteau qui seront susceptibles de booster l’industrie du cinéma par leur chiffre d’affaire afin de protéger les films plus petits et permettre au cinéma d’auteur de trouver sa place dans cette jungle. Mais, comme l’explique Thomas Sotinel dans un récent article du Monde intitulé «Un été hollywoodien au parfum de déjà-vu » en date du 09/06/2015, pour les majors hollywoodiens, ces « tentpoles » sont en fait devenus l’apha et l’omega de la stratégie des grands studios avec la mise en jeu de sommes colossales.

Quelques chiffres : le coût unitaire de ce type de films tourne aux alentours de 150 millions de dollars (135 millions d’euros) ce qui pour comparaison correspond à peu près au budget annuel de la santé au Burkina Faso. En termes de bénéfices, par exemple, le film Les Minions a fait remporter à Universal la somme de 860 millions de dollars. On peut noter aussi des records battus, comme c’est le cas de Jurassic World qui, à lui seul, a fait le plus gros démarrage américain de tous les temps, le plus gros démarrage mondial de tous les temps et détient la palme du film le plus rapide à atteindre le milliard de dollars dans le monde (13 jours).

Au-delà des chiffres, une tendance de plus en plus marquée se développe : un type de marketing très offensif avec une évolution significatives des formes publicitaires. D’abord à cause du nombre important de gros partenaires comme c’est le cas dans Avengers 2, Les Minions ou encore Mission Impossible, Rogue Nation. Les marques cherchent maintenant à être associées à l’univers visuel et culturel du film, à fusionner avec l’image de marque de la production. Du coup ce n’est plus tant le produit qui comptera mais les univers de référence créés par les marques.

Marvel- Disney Les héros Marvel © Studios Marvel Disney

Le règne des franchises

Autre caractéristique de ces supers productions estivales : le développement des franchises. Quand on parle de « franchise » on parle de concepts, de marque, de titres, de noms… Autrefois l’industrie du cinéma tournait principalement autour des acteurs. On allait voir le nouveau Fred Astaire, le nouveau Clint Eastwood, etc…Certes leurs noms étaient associés à un genre spécifique mais les personnages variaient et les suites ne dépassaient pas le nombre de 3. Avec les années 2000 et le succès mondial d’Harry Potter, dont il était convenu dès le départ qu’il y en aurait 7, le système s’est restructuré autour des franchises. Le concept devient plus puissant que son interprète, qui, trop célèbre, serait aussi trop coûteux. Si l’on vous parle de Colin Trevorrow, Josh Trank ou encore Christopher McQuarrie, il est probable que ces noms ne vous disent rien. Mais si l’on vous mentionne des films qu’ils ont réalisés, les noms vous seront immédiatement familiers : Jurassic World, les 4 fantastiques, Mission impossible. Les majors hollywoodiens, Universal, Paramount, Fox confient à ces inconnus les clefs de leurs grosses machines commerciales. L’important n’est donc plus l’expérience ou la gloire du cinéaste mais la notoriété liée au concept : Jurassic, Terminator, Mad Max, etc…Prequels, reboots, suites, les grands studios se creusent les méninges pour chercher la nouvelle idée qui va marcher. La stratégie gagnante de Disney-Marvel, par exemple, a accentué cette tendance et fixé les règles du jeu pour les années à venir. Le revers de la médaille devenant l’overdose et l’épuisement du concept !

Cet été on a pu voir sur les écrans des suites (Mission Impossible, Avengers, Terminator), des prequels (les 4  fantastiques), des nouveaux concepts comme celui des Minions qui ont désormais leur long métrage ou Ant Man nouveau super héros des studios Marvel ou bien encore Pixels. Sans oublier les reboots comme Jurassic World ou des concepts plus traditionnels, comme celui du film catastrophe, avec San Andréas. Une caractéristique qui se dégage également depuis un certain temps est l’association des genres, comme ce fut le cas avec Spy qui manie habilement le film d’action à la farce comique.

Avengers L'Ere d'Ultron Avengers : L’ère d’Ultron : Photo Aaron Taylor-Johnson Copyright : © Marvel 2015

Fascination pour la technologie et frénésie de violence : un abaissement du niveau culturel au cinéma

Lorsque l’on s’intéresse aux blockbusters, on est aussi frappé par leur grande fascination pour la technologie (le numérique, la robotique) et la violence.

Plus que le travail sur les créatures ou les décors, en général peu imaginatif, on est frappé par le soin que mettent les réalisateurs dans les détails et les gadgets. La finesse des effets numériques progresse chaque année un peu plus. L’envie de créer des mondes imaginaires est ici détrônée par une constante préoccupation de mettre en avant une vision technique et scientifique  de l’humanité à l’image des 4 Fantastiques…  Caractéristique de notre monde, certes synonyme de progrès, mais qui, la plupart du temps, s’accompagne d’un abaissement du niveau culturel.

Enfin, le réalisme de la violence montrée à l’écran et l’extrême rapidité des scènes d’action peuvent aussi interroger. Très agressifs, de plus en plus frénétiques, ces films enchaînent situations catastrophiques et actes de combat.  Le blockbuster sait entretenir l’angoisse populaire avec un style anxiogène qui surfe sur des peurs profondes, phénomène très net dans San Andreas ou Avengers 2. La plupart du temps ce sont les civils, exclus de l’histoire et réduits à l’état de masse anonyme, qui sont visés par ce déchaînement de violence et de catastrophes, qui n’est pas sans rappeler celui galopant et bien réel de l’actualité. Ces films ne nous renvoient-ils pas l’image d’une société elle-même de plus en plus violente ?

Au bout du compte, pour le spectateur c’est l’overdose. Le risque est de succomber avant la fin, étouffé sous la masse de ces films produits à la chaîne. Ce que l’on pourra retenir de ces superproductions dénuées d’esprit et de charme, destinées à la consommation de masse? Des figurines de merchandising dans des paquets de céréales, des jeux vidéo vendus en série ou des jouets offerts dans des menus de fast-food …

blockbusters 2015 © DR

Faut-il bouder les blockbusters ? Les conseils de Sacre Cinema pour choisir les meilleurs.

Faut-il pour autant boycotter les blockbusters ? Comment faire le tri au sein d’une offre abondante ? Après tout, un bon blockbuster, c’est bien agréable de temps en temps. Si le spectacle est de qualité et intelligent, pourquoi bouder son plaisir ? Malraux disait lui-même « il y a un cinéma pour comprendre le temps et un pour passer le temps ». On pourrait même rajouter que parfois le cinéma offre, à travers ce type de films, les deux en même temps.

Alors quel bilan tirer de ce cru estival 2015 ? Voici la sélection de Sacre Cinema pour vous faire votre propre opinion.

On pourra directement oublier Jurassic World, Avengers 2, Terminator Genesis ou les Minions pour se tourner vers d’autres films qui sortent leur épingle du jeu.

Ant Man tout d’abord est bonne surprise : rappelant l’Homme qui rétrécit de 1957, ce nouveau super-héros de chez Marvel séduit par son style décalé et son humour. Le film détient de réelles qualités visuelles, de bonnes idées et fait la part belle aux seconds rôles. Le divertissement est assuré, l’adaptation réjouissante.

San Andreas, film catastrophe, offre une structure certes traditionnelle mais efficace, bien construite, avec un scénario classique tournant autour d’une intrigue  familiale.

Les 4 fantastiques, prequel au bad buzz, victime d’un lynchage médiatique, n’est pas, au final, si mauvais : son scénario bien ficelé et dosé n’abuse pas des effets numériques et parvient à ménager un vrai suspense en jouant sur la difficulté pour des individus banalement terrestres à maîtriser leurs superpouvoirs. Un parti pris malin qui rend ce film assez attachant.

Mission Impossible, Rogue Nation : là encore un film plutôt regardable, finement réalisé dans la pure tradition de la série d’origine et qui, malgré certaines lenteurs ou problèmes de rythme, alterne habilement scènes d’action et dialogues savoureux.

Mad Max Fury Road représente un excellent reboot de la série des Mad Max. Ici il n’y a rien à comprendre : de l’action à l’état pur qui vous tient en haleine de la première à la dernière seconde. C’est du cinéma brut, physique, tripal, sans tricherie, à l’ancienne comme on dit (80% des effets visuels que l’on peut voir ont été réalisés sans trucages informatiques, avec de véritables véhicules, de vrais cascadeurs, des maquillages authentiques). Le divertissement, très spectaculaire, est total.

– Pour finir, mentionnons deux titres qui ne sont pas vraiment des blockbusters mais qui ont fait mouche : l’excellent Spy avec Melissa McCarthy, parodie des films d’agents secrets où la comédienne, irrésistible, réussit une belle et hilarante montée en puissance

Sans oublier le génial Vice Versa qui réussit à faire la synthèse entre film commercial et film d’auteur. Pete Docter renoue avec l’esprit avant-gardiste et frondeur de Pixar, tout en s’inscrivant dans la tradition Disney. Le film fait preuve d’une grande intelligence en parlant des émotions humaines et de leur impact, à travers la croissance d’une petite fille qui apprend à gérer ses émotions et à devenir adulte. Si vous ne devez voir qu’un film cet été, ne cherchez pas plus loin.

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