La Tête Haute / Emmanuelle Bercot / 2015

« La Tête haute »? Oui mais c’est pourtant la tête baissée que Malony, jeune héros du dernier film de Emmanuelle Bercot, quitte le Palais de Justice. Un regard poignant et réaliste posé sur la délinquance juvénile. La Tête haute ou la question de l’irréparable de la vie, entre fatalité et espérance.

Le regard à la fois violent et fragile de Malony rappelle celui du Petit criminel pointant son arme sur Richard Anconina. Comme le héros de Doillon, Malony jeune délinquant, tente de s’en sortir dans la dignité et de guérir ses blessures aidé par son éducateur et une juge qui cherchent à le remettre sur les rails de la société et à le sauver.

A mi chemin entre Polisse de Maïwen et Mommy de Dolan pour les sujets qu’il aborde, La tête haute, fait l’effet d’un coup de poing dans le ventre. Sa réussite tient avant tout à la performance de ses acteurs, avec celle, au centre, de Rod Paradot, bluffant de professionnalisme et qui porte le film de bout en bout. Autour de lui, Catherine Deneuve, très crédible, campe une juge à la fois humaine et professionnelle accompagnée d’un Benoît Magimel que l’on a rarement vu aussi juste au cinéma, avec un jeu tout en retenue et en émotion. La performance des acteurs, la pertinence de la description des situations humaines, la puissance des sujets abordés donnent à ce film une crédibilité acquise d’emblée à la quelle nul ne pourra rester insensible. La scène d’introduction, où un enfant de 3 ans suit avec un regard d’adulte inquiet, les échanges entre sa mère et la juge, pourrait, à elle seule, donner une synthèse de l’œuvre : démission et immaturité des parents, mise en place implacable du système judiciaire et de la protection de l’enfance, description d’une histoire qui dès le départ sera marquée par la blessure et la violence.

La Tête haute : Photo Catherine Deneuve La Tête haute : Photo Catherine Deneuve Copyright : © Wild Bunch Distribution

Certes, on pourrait émettre des réserves sur le caractère quelque peu «bourgeois» de l’œuvre. Projeté en séance d’ouverture au dernier festival de Cannes,  le film a ému et marqué le monde du cinéma français. La Tête haute à Cannes c’était un peu « Les Misérables sur tapis rouge », un regard de nantis qui ausculte et contemple la pauvreté pour en faire un grand spectacle. Pour autant, on ne peut pas en tenir rigueur à la réalisatrice qui offre ici un film parfaitement sincère et passionné, entraînant avec elle le spectateur dans ses émotions et ses réflexions. Emmanuelle Bercot, prise par son sujet et excellente directrice d’acteurs, réalise un film fort, libre, imprévisible. Elle donne suffisamment de souffle à son propos pour que l’on ferme les yeux sur un manque de structure ou d’unité dans la forme. S’intéressant avant tout aux trajectoires humaines, aux sentiments mais aussi aux problématiques posées, le film se permet des échappées, comme des respirations, au cœur d’une mise en scène en tension marquée par la violence de son personnage. Lorsque sa caméra balaye du regard les visages de ces jeunes en foyer, livrés à eux-mêmes et sans espérance, elle semble vouloir s’arrêter et s’élever dans une méditation, presque avec un œil documentaire, comme le ferait un Pasolini.

Photo Rod Paradot Film La Tête haute

Rod Paradot Film La Tête haute © Les Films du Kiosque

Fin tragique ou happy end, fatalité ou espérance, le film présente l’intérêt de laisser ouverte la question de l’avenir de son jeune héros. Pourra t-il s’en sortir ? Ne va-t-il pas retomber dans la violence ? L’irréparable n’a t-il pas déjà été commis ? Sur ce dernier point qui est le propos central du film, La Tête haute est particulièrement subtil et intéressant puisqu’il montre et démontre l’enracinement de la violence juvénile : l’ignorance, l’absence de culture et d’éducation, la démission d’une mère presque incestueuse, l’absence du père, la misère affective et sociale…

Au bord de plonger et de commettre l’irréparable, Malony essaie d’ouvrir sa main et de la tendre vers celle de la juge qui l’invite : « Prends la main qu’on te tend, c’est maintenant ». Tout est dit dans cette scène merveilleuse et percutante qui pose une vraie question : n’y a-t-il pas des instants cruciaux à saisir, ces instants où nous prenons conscience que nos décisions et nos actes marqueront à jamais toute notre existence ?

Retrouvez la page Facebook du film ainsi que le site officiel du film sur le site de Wild Bunch distribution

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