En équilibre / Denis Dercourt / 2015

Affiche En équilibre Affiche En équlibre Denis Dercourt © StudioCanal

Qu’est-ce qu’aimer ? Savons-nous vraiment décrire cette sensation ? Comment sait-on quand on est amoureux ? Le film de Denis Dercourt, En équilibre, offre, au travers d’un récit fin et sensible, une illustration au cinéma de ce sentiment qui nous envahit mais dont nous avons souvent du mal à parler.  Quand le cinéma nous donne des mots…

Marc est cascadeur équestre. Un grave accident sur un tournage lui faire perdre tout espoir de remonter un jour à cheval. Florence est chargée par la compagnie d’assurances de s’occuper du dossier de cet homme brisé. Cette brève rencontre va bouleverser leurs vies installées et tracées.

Voici un film que l’on peut qualifier sans hésiter d’authentique, porteur d’une belle sincérité.

D’abord il y a le scénario de Denis Dercourt qui s’inspire de faits réels. L’histoire de ce cascadeur équestre, qui a perdu l’usage de ses jambes lors d’un accident de tournage, s’inspire de celle de Bernard Sachsé, un cavalier ayant connu le même sort. Celui-ci raconte son parcours dans le livre Sur mes quatre jambes. Le personnage de Florence, représentante de la société d’assurance qui doit indemniser Marc, a lui été imaginé pour les besoins du film. Mais les pressions issues du milieu des assurances dont il est question sont certainement plus proches de la vérité !

Certes, du côté formel, la mise en scène, classique, reste sans surprise. Ce «défaut» se fait vite oublier, compensé par la force de l’histoire et la qualité des acteurs. Albert Dupontel (Odette tout le monde, Le bruit des glaçons) et Cécile de France (L’auberge espagnole, Casse-tête chinois), jouent avec justesse, pudeur et délicatesse.  Là encore pas de tricherie : le réalisateur leur a demandé de pleinement s’investir dans leur rôles. Dupontel réalise les cascades à cheval sans aucun doublage. Cécile de France s’est mise au piano pour être capable de jouer elle-même Études d’exécution transcendante de Liszt. Autant dire qu’ils ont du fournir un énorme travail pour être performants et crédibles à l’écran. Plus important encore, les deux acteurs jouent à merveille l’éclosion progressif de cet amour inattendu et le bouleversement que cela engendre à tous les niveaux. Dupontel laisse déchiffrer sur son visage des émotions subtiles au travers d’un simple regard, parfois acéré, parfois tendre. En face de lui, Cécile de France laisse craquer sa carapace et dévoile petit à petit l’entièreté de sa féminité, en acceptant de vivre le risque de cet amour.

Albert Dupontel En équilibre Photo Albert Dupontel © StudioCanal

Le film gagne en densité au fur et à mesure que progresse et s’approfondit la rencontre de ces deux personnes. Entre des rêves d’accomplissement et un amour qui cherche à faire grandir, Marc et Florence se révèlent l’un à l’autre. Ce qui intéresse Dercourt ce n’est pas le côté moral ou manichéen de cette liaison (Florence va-t-elle quitter son mari pour vivre avec Marc ?). Sans gommer la complexité des situations, en restant dans le réalisme de leurs vies, le réalisateur se concentre sur le lien fort qui se construit entre les deux personnages et qui les conduit à la vérité de leur existence. Il est ici question d’un amour qui dépasse le vulgaire niveau de l’adultère ou même celui de la sexualité. Aura-t-il un aboutissement, un accomplissement ? Peu importe, il s’agit d’un amour tendre et véridique, débarrassé du fait de vouloir posséder l’autre et tourné vers son bien, preuve et signe d’une haute maturité affective. Tous deux ont des rêves non réalisés et des combats à mener. Parce qu’il l’aime, Marc veut que Florence devienne ce qu’elle a toujours voulu être, une musicienne. De l’autre côté, c’est grâce à Florence que Marc réussit la prouesse de remonter à cheval. Associant régulièrement le piano à la thématique du cheval, univers respectifs des deux personnages, mettant l’accès sur ces deux passions qui s’entrecroisent « en équilibre », le film finit par saisir une dimension presque métaphysique ou spirituelle de l’affection profonde qui unit Marc et Florence.

Cécile De France En équilibre Photo Cécile de France En équilibre © StudioCanal

Le cinéma est rempli d’histoires d’amour, plus ou moins bien décrites ou crédibles. Mais celle, délicate et profonde, racontée par Dercourt, dans cette comédie dramatique française, valait que l’on s’y arrête l’espace d’un instant. Elle sonne juste et donne un éclairage différent sur l’amour, au-delà des bons sentiments, de l’émotion formatée et du politiquement correct.

 

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