Premier clap d’ « Habemus Ciné » Bordeaux qui choisit States of Grace pour se lancer auprès du grand public

Affiche States of Grace de Destin Cretton

Affiche States of Grace © Version Originale / Condor

Un public pionnier et audacieux, une organisation originale, un film qui l’est tout autant, des intervenants d’horizons complètement divergents : Habemus Ciné, premier réseau alternatif de diffusion de films véhiculant des valeurs chrétiennes, a fait sa soirée de lancement à Bordeaux le 9 avril 2015 dans le beau cinéma CGR Le Fançais. Retour sur un film et une soirée pas comme les autres.

Le pari est osé, le ton juste délicat à trouver. Explorer le cinéma et parler des films avec le regard de la foi chrétienne : tel est le but affiché de ce nouveau concept de ciné-club fondé par trois professionnels passionnés. Pari osé parce que d’emblée le danger qui guette et auquel on pense rapidement serait l’utilisation maladroite ou médiocre de l’instrument cinématographique pour servir la cause chrétienne. Qu’on se rassure, Habemus Ciné souhaite avant tout se lancer dans une aventure humaine et créer du lien social à travers le partage de cette passion fédératrice qu’est le cinéma. L’idée, en somme, est de révéler le cinéma comme enjeu sociétal, provocateur de rencontre entre les personnes d’horizons divers, tourné vers les publics et leurs problématiques du quotidien.

Habemus Ciné

Logo et affiche du réseau Habemus Ciné © Habemus Ciné

A l’origine de cette structure, comme dans toute aventure humaine, il est question de désir. Tout a commencé en 2014 avec l’envie commune de trois amis, Charles Vintrou, Jean-François Gaye et Elodie Courtehoux qui décident de développer à l’échelle nationale, le concept de soirées cinémas thématiques. Travaillant déjà dans le monde du cinéma, ils décident de s’associer et de monter une structure professionnelle proposant simultanément dans plusieurs villes de France, des soirées thématiques autour d’un film, sélectionné pour les valeurs chrétiennes qu’il véhicule, suivi d’un débat. L’organisation s’appuie régulièrement sur des comités éditoriaux et de réflexion dont le rôle est d’établir une programmation et de dénicher les sujets porteurs pour le grand public. Une soirée thématique est un moment de rencontre autour d’un film, de réflexions et d’échanges autour d’un sujet mis en avant. Le programme est identique à chaque soirée : un film, suivi d’un débat. Un verre amical peut éventuellement clore la soirée. Pour sa première à Bordeaux, Habemus Ciné avait choisi le film States of Grace de Destin Cretton. Christophe Berranger, à la base de l’équipe locale, avait réuni pour cette occasion une psychiatre, un diacre et le distributeur du film.

States of Grace est une plongée dans un foyer américain pour gamins blessés par la vie, un voyage intérieur dans l’univers de la psychologie des adolescents. A priori, comme le souligne Alexis Mas, distributeur du film (Condor Entertainment), «difficile d’intéresser le public avec un sujet aussi lourd et pourtant j’y ai cru car le traitement du film est hors du commun. Je me suis dit si ce film me touche, il pourra également toucher  le public puisque nous ressentons les mêmes sentiments en tant que spectateur». Ce distributeur a vu juste en se battant pour faire connaître States of Grace au public français. C’est d’ailleurs chez nous, avec 100 000 spectateurs, que le film a fait le plus d’entrées.

Alexis Mas

Alexis Mas, distributeur de States of Grace – Condor Entertainment © Condor

States of Grace, au long de son chemin dans les festivals, a été vraiment porté par le public. Lorsque l’on découvre le film, on comprend très vite pourquoi. Il vaut le détour rien que pour ses acteurs, tous aussi excellents les uns que les autres. Il parvient aussi et surtout à faire surgir la grâce et le spirituel au travers de la description du quotidien de ces jeunes. Au bord de l’idéalisme ou de la complaisance émotionnelle sans jamais les atteindre, le film touche profondément et laisse chez son spectateur une empreinte intime qui appelle et nécessite une parole. Chaque ado du foyer a subi un traumatisme, porte une blessure. Au travers de leur lent et douloureux travail de guérison, ils deviennent des adultes. Ce fameux « état de grâce » – la puissance spirituelle dégagée par le film – vient de la force que dégagent les personnages au travers de leur fragilité et leur vulnérabilité, que ce soit du côté des accompagnés ou de celui des accompagnants. D’une manière universelle, capable de rejoindre chacun dans son propre itinéraire, le film révèle que l’acte de grandir et de mûrir ne peut faire l’économie d’une souffrance, d’une acceptation de sa propre fragilité. Et le film de montrer que, pour que cela soit possible, il importe de se sentir aimé et d’être accompagné par l’autre.

Chez tous les personnages, y compris chez les éducateurs professionnels, il est question d’accoucher sa douleur, de l’évacuer, voire de l’exorciser, à l’image de la crise de violence de Jayden jouée par Kaitlyn Dever qui fait directement penser au film culte de Friedkin, L’Exorciste.

Photo States of Grace

States of Grace : Photo Kaitlyn Dever
© Version Originale / Condor

Et comment ne pas évoquer une des plus belles scènes du film, moment d’intense maïeutique ? Marcus, jeune black interprété par Keith Stanfield, sort de son mutisme, sous le regard de son accompagnateur, pour exprimer son histoire traumatique au rythme du djembe et par le biais de sa composition de rap. A cet instant précis, le titre «States of Grace» prend corps. Nous ressentons et voyons dans cette scène, le travail de la grâce en acte au travers d’une fiction cinématographique. La caméra du réalisateur filme à fleur de peau. Elle capte en gros plan les visages et les émotions ; elle transfigure, en flirtant avec l’esthétisme, les corps et les visages. Tenue souvent à la main pour mieux exprimer la fragilité et l’équilibre précaire des situations, la caméra devient une sorte de témoin surnaturel de la quête de bonheur chez ces jeunes abimés par l’existence. Derrière States of Grace il ne faudrait pas pour autant voir un film pathétique ou larmoyant.

Photo States of Grace

States of Grace : Photo John Gallagher Jr., Keith Stanfield, Rami Malek
© Version Originale / Condor

Destin Cretton, dont c’est le premier et unique film à ce jour, fut lui-même éducateur spécialisé. Il entend parler avant tout des cycles de la vie, du beau mystère qui existe au cœur du développement de chaque personne, de ce passage à l’âge adulte que connaît tout être humain. Ici tous les acteurs sont des professionnels mais le réalisateur parvient à donner l’impression d’une vérité documentaire. La grande force du film comme le souligne Alexis Mas, c’est bien « son traitement, qui réussit la difficile alchimie entre spectacle émotionnel de cinéma, sens de la retenue et de la pudeur ».

Pudeur ? Un terme que l’on n’entend pas si souvent quand on parle cinéma…

Pour accéder à toutes les informations, découvrez Habemus Ciné sur son site officiel ainsi que celui de States of Grace

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