L’Enquête / Vincent Garenq /2015

L'Enquête : Affiche

L’Enquête : Affiche © Mars Distribution

Faire de l’affaire Clearstream une fiction au cinéma était un pari difficile. Défi à moitié relevé par Vincent Garenq qui parvient néanmoins, à travers le choix de son sujet, à lutter contre l’oubli et à décrire l’itinéraire de deux hommes, Denis Robert et le Juge Van Ruymbeke, dans leur quête de vérité et de justice.

Après s’être passionné pour l’affaire d’Outreau en 2011 avec « Présumé Coupable », Vincent Garenq s’intéresse cette fois, pour son cinquième film, à un autre scandale judiciaire, celui de la retentissante affaire Clearstream, que Denis Robert et Vincent Astier ont qualifié d’ « Affaire des affaires », tant elle avait mis à nu les méandres politico financiers des systèmes de blanchiment de l’argent à l’échelle internationale. Les récentes révélations autour des niches fiscales de la banque HSBC viennent rappeler combien ce film reste d’actualité. Il touche à la maladie de la corruption des marchés financiers qui n’a jamais été guérie malgré les promesses des politiques.

Il était difficile de transformer cette affaire en un objet filmique à cause de l’extrême complexité du scandale. Face à son sujet méandreux, Garenq ne possède pas la distance historique nécessaire, les événements restent trop récents. Du coup on sent que le réalisateur a porté presque tous ses efforts sur le scénario et le montage afin de clarifier l’histoire et de la rendre compréhensible au spectateur. Le réalisateur réussit effectivement à rendre assez limpide une cascade de faits bien difficiles à relier entre eux et qui font appel à une connaissance pointue des mondes de la finance. A l’image de son personnage principal, il effectue un travail de synthèse et d’enquêteur quitte à oublier parfois la nature filmique de son travail et l’enjeu cinéma.

L'Enquête : Photo Gilles Lellouche

L’Enquête : Photo Gilles Lellouche © Mars Distribution

Cette complexité de construction donne à « l’Enquête » les défauts de ses qualités. Le film, hésitant entre le genre documentaire et le film à suspens, propre au polar judiciaire, apparaît comme une œuvre assez classique, modeste parfois même sobre. La passion de filmer du réalisateur semble s’effacer au profit de la compréhension de la narration. Le grand mérite du film est de nous faire accéder au déroulement successif des faits avec clarté et, sur ce point, le travail est immense. Ceci étant, du point de vue du spectateur, on est plus ou moins pris dans l’intrigue; les péripéties nous accrochent de manière aléatoire, malgré des éléments comme le choix de la musique qui viennent renforcer de temps en temps l’effet thriller. Tantôt filmé caméra à la main comme dans les reportages, tantôt filmé avec des plans larges de type grand spectacle, le film semble hésiter, il évolue de manière démonstrative et didactique sans parvenir pleinement à saisir le spectateur dans la tension de l’intrigue.

L'Enquête : Photo Gilles Lellouche, Vincent Garenq

L’Enquête : Photo Gilles Lellouche, Vincent Garenq © Mars Distribution

Côté casting, on retrouve également un bilan en demi-teinte. Le choix discutable de Gilles Lellouche dans le rôle titre affaiblit le film.  Au second plan, en revanche, on retrouve Charles Berling, avec un jeu formidable, qui campe un juge Van Ruymbeke très crédible aux côtés d’autres seconds rôles tout aussi réussis, comme celui de Laurent Capelluto dans le rôle de Imah Lahoud ou encore celui de Eric Naggar dans le rôle de Jean Louis Gergorin.

Au-delà des aspects purement filmiques parfois équivoques, l’Enquête reste un film intéressant parce que nous vivons l’affaire du point de vue du journaliste Denis Robert. Le spectateur découvre les faits à partir de ce personnage qui nous devient intime. Nous percevons les conséquences que cette affaire a sur son état personnel, la lutte qu’il mène, tel un David face à un Goliath de l’escroquerie et d’où il a peu de chance de sortir vainqueur. Au long de son investigation, au cœur de ses rencontres, dans l’amitié qu’il tisse avec le juge, se joue devant nos yeux la quête acharnée d’un homme pour faire éclater la vérité et la justice. La recherche de la vérité : tel est le sujet transversal qui donne sens et corps au film.

L'enquête Photo Gilles Lelouche et Charles Berling

L’enquête Photo Gilles Lelouche et Charles Berling © Mars Distribution

Cette quête lui donne son ressort le plus puissant parce qu’elle nous touche, déclenche l’émotion et montre un combat singulier qui peut rejoindre de manière universelle toute quête de vérité. Lorsque l’homme se bat contre le mensonge économique ou politique – mais aussi des mensonges d’autres natures –  il se trouve confronté à de puissantes forces de résistance individuelles ou collectives. Clearstream en est un exemple majeur qui malheureusement n’a pas pu livrer tous ses secrets tant elle a touché de manière puissante à certains tabous du monde de la finance et impliqué des personnalités importantes. Le film de Garenq, en évoquant les fils mystérieux de Clearstream, fait remonter à la surface un scandale que l’instantanéité du temps de l’information avait fait oublier, sans pour autant être en mesure de livrer la vérité. Denis Robert s’en est approché, il a été réduit au silence, des éléments du dossier ont été étouffés. Son combat demeure. « L’Enquête » se présente donc aussi comme un antidote face à l’oubli médiatique, une manière de lutter contre l’évaporation de l’actualité ;  il rappelle en même temps qu’avec Clearstream, on nage encore et toujours en eaux troubles…

Voir aussi le site officiel du film avec son dossier de presse

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