Alexandre / Oliver Stone / 2005

Alexandre : affiche Colin Farrell, Oliver Ston

Alexandre : affiche Colin Farrell, Oliver Stone © Pathé Distribution


L’homme qui voulut être Dieu 

Avec son « Alexandre », Oliver Stone a réussi le pari d’un film opéra flamboyant à la hauteur de son personnage.

Les défauts de la superproduction américaine et sa surenchère de moyens trop appuyés sont vite oubliés car ce qui fait adhérer à ce film c’est avant tout sa vérité et sa sincérité qui se traduisent dans son souffle exceptionnel, sa puissance de vie, sa mise en scène somptueuse et travaillée : un bel éclat de cinéma dont il faut profiter sans bouder son plaisir. Ceux qui n’ont pas perçu ce «souffle » cinématographique semblent être passé à côté de ce film original à l’esprit ouvert et généreux même au cœur de la machine commerciale.
La mise en scène brille par la fluidité de son style mais aussi par sa complexité que cache une trame apparemment simpliste (un vieillard raconte la vie d’Alexandre). Oliver Stone à n’en pas douter a le sens du Beau et réalise une fresque historique, proche de l’art du tableau et du pinceau. (L’inconsistant « Troie » paraît ici bien insipide). Sens des couleurs, montage précis et grandiose, flash-back mentaux, ralentis utilisés à bon escient, filtres colorés, Stone ne cesse de surprendre dans sa manière de traiter l’histoire et sait utiliser le moyen qu’il faut au bon moment pour aider à rentrer dans la complexité du personnage (flash back final inattendu sur la mort du père; filtre rouge lorsque la bataille atteint son paroxysme et met un point final aux conquêtes).

Sans numérisation outrancière, la reconstitution est splendide et les scènes de combat impressionnantes. Par delà la forme, le spectateur peut constater que Oliver Stone a travaillé avec sincérité et amour sur son sujet, quitte à se laisser emporter par cette générosité dans la fougue et la légèreté. De là naît le plaisir de cinéma pour le spectateur qui parvient à partager ce souffle et à vibrer: légèreté et profondeur se mélangent dans une œuvre qui avance comme son héros, toujours plus loin.
Légèreté et profondeur en effet chez ce héros d’une modernité incroyable. Alexandre, marqué par les destins d’Achille, d’Œdipe, etc, a l’audace hors du commun d’aller plus loin que faire la guerre, il va jusqu’à vouloir épouser les cultures et les terres qu’il affronte. Volonté de découvrir l’inconnu, de s’intéresser à l’étranger. Est-ce par réel intérêt stratégique, par un humanisme visionnaire ou bien est-ce par innocence et recherche d’identité personnelle qu’Alexandre détient cette soif de connaître et de rencontrer ? Quoiqu’il arrive il mène ses hommes jusque dans leurs retranchements, il les éduque à vaincre la peur ; se prenant pour un dieu, il souhaite rester éternellement dans les mémoires parmi les héros jeunes et glorieux. Puissance et élan virtuose mais aussi fragilité bouleversante, toujours sur le fil du doute ou de l’inconfort. Recherche de l’autre chez ce héros qui ne sait pas qui il est vraiment, marqué par sa mère vengeresse, presque incestueuse et un père violent, tout cela noué au cœur du rapport amoureux avec Ephaïston (notons au passage qu’Hollywood traite sans faux semblant l’homosexualité dans l’antiquité).


Le genre antique a donc fait son come-back à Hollywood avec cette nouvelle épopée guerrière et le récit d’un héros antique puissant mais si vulnérable en même temps. Redécouvrir ce genre avec nos connaissances et nos moyens cinématographiques d’aujourd’hui permet d’affiner la vision que nous pouvons avoir de personnages historiques tels qu’Alexandre et le film reste précis dans sa reconstitution historique. Mais surtout le destin d’Alexandre a des choses à nous dire sur les dominations d’aujourd’hui. Il n’est pas étonnant qu’un américain se penche sur un personnage tel que lui, fasciné par l’esprit de la conquête et de la découverte. Les Etats-Unis sont nés de cette conquête (le western). Cet appétit de puissance, de violence et de pouvoir marque profondément la culture américaine. Depuis le 11 septembre pourtant la super puissance apparaît comme déstabilisée et « menacée » par l’Etranger. Entre Alexandre et Georges Bush, l’Histoire bien sûr a coulé, les codes guerriers ont évolué mais c’est toujours la même soif de domination et de conquête. Avec les doutes et les fragilités en plus…

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