Le temps qui reste / François Ozon / 2005

Le temps qui reste : Affiche Melvil Poupaud

© Mars Distribution


« Il n’y a pas d’amour heureux »

Pour ceux qui suivent le cinéma de François Ozon, ces paroles renvoient à la chanson interprétée par Danielle Darieux à la fin de Huit Femmes. Pourtant malgré la gravité et la profondeur du Temps qui reste ce n’est pas le désenchantement qui prime mais bien plus, le sentiment d’avoir touché du doigt ce qui fait le sens plein de nos vies. On ressort de ce film retourné, plongé au cœur même de la profondeur de nos existences.

L’histoire a tout de la tragédie. Nous connaissons dès le départ l’enjeu du scénario. Romain jeune gay photographe de son métier apprend qu’il est touché par un cancer généralisé. Il ne lui reste plus que quelques mois à vivre. Pour le reste, les ressorts du scénario résident dans le traitement du « comment » le personnage vit ses derniers jours. On retrouve le même sujet que dans le très beau film de J. P. Ameris C’est la vie avec J. Dutronc et S. Bonnaire qui parlait de la mort avec simplicité et sans tabou.

Ozon centre le film sur son personnage principal interprété avec beaucoup de brio par Melvil Poupaud. Personnage d’une beauté poignante, déchiré puis apaisé, il n’échappe pas à un certain cynisme doux amer qu’affectionne particulièrement le cinéaste. A ce sujet, il est frappant de constater la ressemblance quasi physique dans ce film entre Ozon et son personnage principal. Le réalisateur livre certainement ici un de ses films les plus personnels et les plus dépouillés. Sa caméra scrute le visage de ce jeune homme qui va mourir, elle passe au crible l’étendue de ses remous intérieurs. Ozon filme la quête intérieure de Romain durant ces derniers jours de vie. Une quête de sens et de liberté qui le conduira à la rencontre ultime avec l’enfant qu’il a été, dans la sérénité retrouvée. (On pense bien sûr, dans la scène finale de la plage, à Visconti et son Mort à Venise).

Autour de lui gravitent tous les autres personnages de sa vie : famille, ami, grand-mère et un couple infertile. Les mêmes problématiques chez tous ces personnages : la difficulté d’aimer, la pudeur extrême des sentiments, la blessure de passer à côté de l’autre. Pourtant, au long de sa quête ultime, Romain fait ce travail de vérité et purifie ses sentiments, réapprend la virginité et la vérité de l’amour auprès de ceux qui comptent pour lui (réconciliation avec sa sœur, amour devenu intériorisé avec Sacha, dialogue en vérité avec son père, etc.).

A la froideur picturale des corps (notamment dans le traitement du désir homosexuel), à l’exacerbation du désir qui associe la sexualité à la mort, le cinéaste oppose les souvenirs de l’enfance, la quête de l’innocence retrouvée dans des tons chauds et lumineux.

le temps qui reste Christian Sengewald melvil poupaud

M. Poupaud et C. Sengewald Copyright: 2006 Strand Releasing

Naissance, mort et amour sont intimement mêlés dans le film (elle atteint son degré le plus élevé dans la scène d’amour avec le couple infertile). On sait combien ces trois éléments touchent profondément à notre personnalité. Certes Romain va mourir seul mais il aura donné un sens à la mort. Il fait plusieurs actes de foi : donner la vie pour avoir une descendance, vivre le pardon, réaliser une conversion qui le mène à la paix.

Oui François Ozon semble bien « réaliser toujours le même film », comme le disait de lui-même Scorcese. Pour lui il n’y pas d’amour heureux. L’amour devient vraiment tel lorsque l’on a accepté de « laisser la place » pour l’autre. Pour être dans la vérité, l’amour demande que l’on meurre à quelque chose en nous, qu’il y ait un lâcher prise de ce que nous voulons absolument posséder, de ce que nous avons peur de perdre. Romain vit à la fois la mort physique (l’expérience radicale que nous devrons disparaître un jour) mais surtout, à travers elle, l’expérience d’une mort symbolique et d’une renaissance qui le conduit à la plénitude de la vie. Nous avons beaucoup de mal à accepter que nous allons mourir un jour ou que nous devons mourir à quelque chose et dans une société qui pousse souvent à l’oublier, ce jeune homme et la mort ont quelque chose d’essentiel à nous dire… Il serait donc dommage de passer à côté du dernier film de F. Ozon qui donne un éclairage de vérité à notre propre existence.

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